Atelier / Galerie
385 St-Paul Ouest, Montréal, QC., H2Y 2A7
Fermé pour la saison, ouverture Juin 2026
me contacter à marcel@marcelmorin.com

Une traversée terrestre de l’Asie, de Suzhou en Chine à Dhaka au Bangladesh. Environ 7 000 kilomètres, où le déplacement devient une manière d’habiter le temps, et la route un espace d’attention aux villes, aux campagnes et à ceux dont la vie se déroule loin du regard.
Ce projet est à la fois une expédition photographique et une démarche humaniste. Je ne cherche pas à expliquer, mais à rencontrer. Photographier ici n’est pas capturer, mais être présent à ce qui advient.
Le voyage se fait en solitaire, sac à dos et avec une seule caméra. Un Fujifilm X100 VI, focale fixe de 23 mm. Une contrainte volontaire, pour ralentir le regard et entrer plus directement en relation avec les personnes photographiées.
Ce qui suit est un journal de bord.
- Une première carte routière pose l’intention des destinations.
- Une seconde accompagne le déplacement réel, jour après jour.
Cette carte n’est pas un guide : c’est une trace, un fil conducteur entre les lieux, les gestes et le temps qui passe.
Le projet se construit en marchant.
Je vous invite à suivre cette traversée.

Sur mon chemin, j’ai rencontré...
Cette carte suit le parcours tel qu’il s’est construit jour après jour.
Elle enregistre les déplacements réels, les arrêts prolongés, les détours imprévus et les ruptures de rythme imposées par le terrain, les rencontres et les circonstances.
Le tracé n’est plus une hypothèse : il est la trace laissée par le temps.
Sur mobile : utilisez deux doigts pour ajuster la carte.
2026-02-24
Quelque part entre les routes du Vietnam
Vivre le moment présent est un sujet qui m’intrigue depuis des années.
Je me souviens avoir lu un livre — le titre exact m’échappe — mais il parlait de cela : vivre l’instant. Habiter la minute. Ne pas courir devant soi.
Ce thème m’a suivi jusqu’en 2017, sur le chemin de Compostelle.
Nous marchions, mon épouse et moi.
Souvent ensemble, parfois à distance l’un de l’autre.
Cette distance n’était pas une séparation, mais un espace.
Un espace pour réfléchir.
Un espace pour essayer de ne penser à rien.
Sur Compostelle, je m’étais donné une discipline simple :
ne pas marcher pour arriver,
mais marcher pour marcher.
Ne pas penser à l’étape suivante.
Ne pas imaginer l’arrivée.
Simplement le pas. Puis le suivant.
Aujourd’hui, sur ces routes entre les grandes villes du Vietnam,
avec leurs rizières, leurs montagnes et leurs longues étendues de verdure,
je retrouve cette sensation.
Il n’y a pas grand-chose qui me désappointe en ce moment.
Non pas parce que tout est parfait,
mais parce que je pratique une question simple :
Qu’est-ce que je contrôle ?
Qu’est-ce que je ne contrôle pas ?
Ce qui est à l’intérieur m’appartient.
Le reste appartient au monde.
Quand je m’arrête vraiment,
quand je cesse de projeter la prochaine étape,
je sens quelque chose apparaître.
Une joie.
Pas une excitation.
Pas un succès.
Une joie calme, profonde, qui monte du creux de l’estomac.
Comme si le corps savait avant l’esprit.
Je réalise aussi combien, autrefois,
je cherchais la reconnaissance.
Promouvoir ma galerie.
Promouvoir mon travail.
Promouvoir moi-même.
Attendre une validation.
Plus j’avance,
plus cela me paraît secondaire.
Je n’ai pas besoin que les autres évaluent ma valeur.
Ni mon travail.
Ni ma présence.
Ce voyage devient peu à peu intérieur.
Moins une conquête de territoires,
plus une traversée de moi-même.
Peut-être que vivre le moment présent
n’est pas une performance spirituelle.
Peut-être que c’est simplement
cesser de résister à ce qui est déjà là.
Cliquez sur la photo pour la voir en plein écran.
2026-02-08
Ha Long, Vietnam
Un zéro ou un “O”.
Parfois, tout bascule sur un détail minuscule.
Mon visa pour le Vietnam est rejeté à deux reprises.
Sur mon nouveau passeport canadien, un numéro se termine par “0”…
ou peut-être par un “O”.
Au bureau des visas, la confusion est totale.
Rien ne passe.
Quatre jours d’attente à la frontière.
Le temps s’allonge.
Il faut garder son calme.
J’analyse la situation.
Ce que je contrôle.
Ce que je ne contrôle pas.
Je n’ai aucun pouvoir sur les bureaux de visas,
ni sur les délais,
ni sur le Nouvel An chinois qui approche
et ralentit tout.
Ce que je peux faire, en revanche,
c’est réfléchir, décider, m’adapter.
Je dresse une liste simple.
Refaire une demande en ligne.
Ou changer de plan.
Passer par le Laos et revenir plus tard au Vietnam.
Je choisis de repartir.
Billet de train acheté pour le lendemain matin.
Direction Kunming, vers la frontière laotienne.
Le soir, dernière marche à Pingxiang.
Un vieux quartier.
Une sortie sans attente particulière.
Je rencontre un Brésilien, sa conjointe et leur fille.
Ils vivent au Vietnam depuis des années.
Je leur raconte mon problème.
Il me regarde et me dit :
« Je connais quelqu’un. »
Une heure plus tard,
mon visa est en main.
Je n’en reviens pas.
Le lendemain matin,
le passage à la frontière se déroule sans accroc.
Et soudain, j’y suis.
Au nord du Vietnam.
La route vers le sud commence.
Je marche avec mon sac à dos.
Un homme en moto s’arrête.
Il me propose de m’amener à Lang Son,
à une quinzaine de kilomètres,
pour 100 000 dôngs.
J’accepte.
À l’arrivée, je sors des billets vietnamiens
que j’avais conservés d’un ancien voyage.
Il éclate de rire.
Ils ne sont plus en circulation depuis des années.
Une petite foule se forme.
On discute.
On téléphone.
Impossible de les échanger.
Je propose de payer en yuans chinois.
Le conducteur accepte.
Un chauffeur de taxi m’aide
et m’emmène à une banque.
Je retire de l’argent sans problème.
Mais dans la confusion,
j’oublie ma carte bancaire dans le guichet.
Je m’en rends compte plus tard.
Retour à la banque.
Explications.
Ils me demandent d’attendre.
D’aller prendre un café.
Je reviens.
Ma carte a été récupérée.
Soulagement.
Ces revers font partie du voyage.
Ils ne sont ni des échecs,
ni des erreurs.
Ils m’apprennent à reconnaître
ce que je contrôle —
mes pensées, mes réactions, mes décisions —
et ce que je ne contrôle pas.
Souvent, ce sont ces moments-là
que l’on retient le plus longtemps.
Après tout cela,
je peux enfin prendre la route vers Ha Long,
à la recherche de photographies,
et surtout,
de rencontres humaines.
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2026-02-04
Pingxiang, Chine
Je suis à Pingxiang, à la frontière du Vietnam.
J’attends un visa.
Je n’avance pas.
En attendant, je marche sans intention précise.
Je tombe sur un marché.
Ou plutôt, sur des gens assis le long de la rue.
Ils ont posé leurs produits devant eux.
Rien de plus.
Pas de mise en scène.
Pas de discours.
Je m’arrête.
Je regarde.
Je ne prends pas de photo tout de suite.
Je me demande pourquoi cet endroit me touche autant.
Ce n’est pas spectaculaire.
Ce n’est pas “important”.
Et pourtant, quelque chose ralentit en moi.
Comme si mon corps reconnaissait
une façon de vivre qu’il n’a pas oubliée.
Je pense à Shenzhen.
À Hong Kong.
À ces villes où tout monte, tout s’optimise, tout s’accélère.
Ici, rien ne cherche à impressionner.
On est simplement là.
Encore.
Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve.
Je ne sais même pas ce que je souhaite vraiment.
Mais en regardant ce marché,
je sens que certaines choses comptent
sans avoir besoin de grandir,
ni de disparaître.
Ce voyage me ramène souvent à cette question,
silencieuse, persistante :
qu’est-ce que je choisis de nourrir en moi
pendant que le monde change ?
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2026-02-01
Hong Kong
Je repense souvent au roman Tai-Pan de James Clavell.
À ce capitaine qui débarque sur une île encore brute,
sans pouvoir imaginer ce que Hong Kong deviendrait un jour.
À l’époque, quelques milliers d’habitants.
Des constructions simples.
Un port.
Du commerce.
Et surtout, beaucoup d’inconnu.
Le futur ne s’annonçait pas.
Il se préparait sans le savoir.
Aujourd’hui, Hong Kong est une forêt verticale.
Une densité, une complexité,
que personne, alors, n’aurait pu dessiner.
En marchant ici,
je me demande ce que nous sommes, nous aussi,
en train de bâtir sans le comprendre complètement.
Nous parlons de villes écologiques,
de verticalité,
de projets linéaires comme The Line en Arabie Saoudite.
Des villes pensées à l’avance,
calculées, optimisées, rationnelles.
Mais l’histoire rappelle une chose simple :
les villes ne deviennent jamais exactement
ce que leurs plans promettaient.
Elles sont façonnées par les usages,
par les détours,
par ce que l’on n’avait pas prévu.
La question n’est peut-être pas
à quoi ressembleront nos villes dans cinquante ans,
mais si elles laisseront encore
une place à l’imprévu,
au fragile,
à l’humain.
Le futur arrive toujours.
Reste à savoir
comment nous y marcherons.
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2026-01-29
Shenzhen, Chine
Shenzhen est souvent présentée comme une prouesse. Une ville sortie de terre en quelques décennies. Rapide. Efficace. Impressionnante.
Mais marcher ici oblige à regarder au-delà des chiffres. À hauteur d’homme, la ville raconte autre chose.
Je traverse des quartiers où les tours montent plus vite que la mémoire. Puis je tourne un coin de rue. Un marché improvisé apparaît.
Des vendeurs assis bas. Des gestes répétés depuis longtemps. Sans discours sur le progrès. Sans nostalgie non plus.
Entre les cafés automatisés, les livraisons par drone, et les parcs où l’on danse encore le matin, je sens un écart se creuser.
Pas seulement autour de moi. En moi.
Cette ville avance brutalement. Elle ne demande pas si nous sommes prêts. Elle avance.
Et moi, je marche à l’intérieur de ce mouvement. En essayant de comprendre ce qui mérite encore mon attention.
Ce voyage n’est pas seulement géographique. Il est aussi intérieur.
Dans un monde qui accélère, la question n’est peut-être pas de suivre le rythme, mais de décider ce qui est essentiel et ce qui peut être laissé derrière.
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2026-01-26
Aujourd’hui, le départ devient réel.
De Suzhou vers Shenzhen, au sud de la Chine.
Un trajet en train à très grande vitesse.
Environ 1 500 kilomètres en neuf heures, arrêts compris.
Sans doute le segment le plus long sans interruption du voyage.
Cette partie de la Chine m’est familière.
Je l’ai parcourue à de nombreuses reprises, depuis mes débuts ici en 2001.
Je prévois passer quelques jours à Shenzhen.
Le temps d’observer, de marcher, de photographier.
Ville neuve, ultra-moderne,
Shenzhen déploie une architecture singulière,
sans équivalent ailleurs.
Image temporaire générée par IA.

































































